De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation ?

De manière générale, le Québec se fout de l'éducation.

C'est sur ce triste constat - ou n'est-ce qu'une perception? - que s'ouvre le deuxième ouvrage sous la direction de Jean Barbe, Marie-France Bazzo et Vincent Marissal.

L'année même où des milliers d'universitaires et de cégépiens descendaient quotidiennement dans la rue pour s'opposer à une hausse des frais de scolarité post-secondaire, une idée frappe certains esprits de manière récurrente : « ce n'est pas d'éducation dont il est question ».

Pourquoi si peu de jeunes se rendent-ils à l'université ou même, malgré la gratuité, au cégep? Pourquoi tant d'échecs, de décrochage? Pourquoi ce désamour envers l'éducation? Pourquoi ce manque d'enthousiasme vis-à-vis du savoir? Pourquoi encore cette ancestrale méfiance vis-à-vis des choses intellectuelles?

Ce sont là quelques unes des questions qui traversent un ouvrage truffé d'idées pour l'avenir du système d'éducation québécois, de la pré-maternelle au post-doctorat.

Ianik Marcil

Économiste

La seule et unique finalité du système scolaire devrait être l'acquisition d'une culture générale, pour des raisons philosophiques, mais aussi pour des raisons pragmatiques, qui sont celles de l'économiste. Le monde dans lequel on prend place change de plus en plus vite, et ce, depuis le début de la révolution industrielle. Les finissants d'aujourd'hui auront trois à quatre carrières dans leur vie, auront eu une douzaine de jobs avant d'avoir quarante ans. Un système d'éducation qui est axé uniquement sur la formation de travailleurs, dans un contexte comme celui-là, est économiquement inefficace. Après quelques années, on est dépassé et on va changer de job de toute façon.

Camil Bouchard

Psychologue, ex-député

Les médias nomment « décrochage » ce qui n'en est pas. Le 30% de jeunes décrocheurs dont on parle au Québec, c'est surtout 30% de gens âgés de dix-sept à vingt ans qui sont en retard dans leur cheminement scolaire et qui n'ont pas obtenu leur diplôme dans les temps requis. Le pourcentage augmente toujours puisqu'on additionne les cohortes. Mais ce n'est pas du décrochage... Le chiffre réel, c'est 17,2% de jeunes de dix-sept ans et plus qui ont abandonné l'école et qui ne se sont réinscrits nulle part dans le système.

Fabienne Larouche

Scénariste

Au secondaire, ça prend des titulaires qui ont des objectifs pour chaque élève. Si le secondaire permet le développement de l'identité intellectuelle, ceci ne peut se faire que dans la dualité maître-élève au sens premier du terme. Pour évoluer harmonieusement, on a besoin d'un guide, mais surtout d'un modèle. L'élève du secondaire a besoin d'une relation privilégiée avec un adulte, pas avec tous. Les communautés religieuses avaient bien compris ce principe, malgré tous les débordements qui s'ensuivirent.

Mario Asselin

Ancien directeur d'école

À l'école, les jeunes font des travaux, les remettent à l'enseignant, et ça s'arrête là. Pour les élèves, c'est une hérésie: quand tu fais quelque chose, c'est pour le dire, le donner, l'offrir aux autres! [...] On doit arrêter de croire que les gens en apprentissage n'ont pas droit à l'erreur, et de considérer que ne peuvent écrire et travailler en public que les gens parfaits.

Normand Baillargeon

Essayiste et professeur en philosophie de l'éducation

La situation dans les facultés d'éducation est inquiétante. Souvent, ce sont des milieux d'une confondante inculture. Je souhaiterais qu'on forme de futurs maîtres très cultivés. Or, la culture générale n'est guère transmise dans les facultés d'éducation. J'y enseigne depuis vingt-cinq ans, et ce que j'entends systématiquement de la part de mes étudiants, ce sont des plaintes relatives à la pauvreté intellectuelle des cours qu'ils reçoivent.

Guy Rocher

Sociologue

Nous sommes menacés par les différents pouvoirs - politiques tout autant que privés - qui ont intérêt à s'emparer du savoir et de l'université. J'ai pu constater, au cours de ma vie, comment la liberté des chercheurs a été réduite tant par les pouvoirs publics que par l'entrée de l'entreprise privée dans le champ de la recherche. Heureusement, je perçois beaucoup de résistance chez mes collègues. C'est sur leur éthique qu'il faut compter, c'est celle-là qu'il faut pratiquer.

Et selon vous, de quoi le Québec a-t-il besoin en éducation?

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